RDC – PAI : L’arnaque du discours

La manipulation de la pensée et les mensonges d’Etat.

Liste de vérités assénées comme indiscutables, absolues évidences… Suite des articles relatifs au Programme National d’investissement Agricole dont les Parcs Agro Industriels sont le fer de lance de la politique du Premier ministre Matata Ponyo sous l’égide du Président Kabila. Articles associés

Pour rappel, 5 mars 2015, les objectifs du Programme National d’Investissement Agricole – PNIA sont de :

  1. Sortir les populations de l’insécurité alimentaire
  2. Faire du développement des filières agricoles et agro-industrielles l’un des principaux piliers de la croissance économique
  3. Atteindre le premier Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) fixé par l’ONU d’ici à 2025, à savoir la réduction pour moitié de la pauvreté. Source www.primature.cd 150305 Le sol de Bukanga Lonzo livre ses premiers secrets à Joseph Kabila 

Slogan…

Le gouvernement congolais veut renforcer l’agriculture afin de permettre au citoyen d’accéder à des denrées alimentaires à des prix acceptables

Source www.primature.cd 140716 Bukanga Lonzo Inauguration

  • Prix acceptable pour quel citoyen ? Il faudra expliquer à l’exemple de Africom Commodities à Bukanga Lonzo, pour rappel, LE projet pilote du gouvernement Matata, comment avec autant d’investissements et d’intermédiaires TOUS les produits seront vendus à TOUS les citoyens congolais « à des prix acceptables » en RDC…
  • Acceptable par rapport à quoi ? A un prix qui inclurait le travail et un salaire décents du producteur familial, l’agriculture écologique (diversité des semences, refus des OGM et des hybrides, sans labour, agro-foresterie, sans pétrochimie, etc.), la promotion des produits locaux, la valorisation du travail local, la réduction des intermédiaires, la participation au financement de l’Etat, le respect de l’environnement, l’éducation au goût, à l’alimentation variée et équilibrée, etc. Vraiment ?

Slogan…

Bien que 70% de la population soit impliqué dans l’agriculture, la majorité est engagée dans l’agriculture de subsistance et les niveaux de production actuels sont incapables de freiner la malnutrition et l’insécurité alimentaire 

Source www.primature.cd 140614 PAI Stratégie audacieuse

  • D’où vient l’affirmation d’incapacité de l’agriculture familiale à freiner la malnutrition et l’insécurité alimentaire ?
  • Quels ont été les financements de l’Etat congolais pour soutenir l’agriculture familiale et écologique ?

A propos de la capacité de l’agriculture familiale et de l’agro-écologie à nourrir la population… 

Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation (2008-2014) :  

Rapport ONU – 110308 : L’agroécologie peut doubler la production alimentaire en 10 ans. En à peine 10 ans, les petits agriculteurs peuvent doubler la production alimentaire des régions vulnérables en recourant à des méthodes de production écologiques.Le rapport appelle à un virage fondamental en faveur de l’agroécologie comme moyen d’accroître la production alimentaire et de réduire la pauvreté rurale. Source OHCHR 110308 Agroécologie Production alimentaire

S’appuyant sur un examen approfondi des publications scientifiques qui ont vu le jour au cours des cinq dernières années, le Rapporteur spécial présente l’agroécologie comme un mode de développement agricole qui n’entretient pas seulement des liens conceptuels solides avec le droit à l’alimentation mais qui a aussi produit des résultats avérés, permettant d’accomplir des progrès rapides dans la concrétisation de ce droit fondamental pour de nombreux groupes vulnérables dans différents pays et environnements. Source NU Rapport Droit à l’alimentation 2010 A/HRC/16/49

De nombreuses organisations de part le Monde soutiennent l’agro-écologie. Il suffit de faire une recherche pour trouver des textes. En voici une parmi d’autres : Agri Cultures 

Our narrative: The world is currently characterised by a multiplicity of crises: economic, environmental, climatic, political and food related. Agriculture is at the center of these crises. The dominant model of agriculture has created a state of disconnect between producers and consumers; between practices and nature; and between global actors and producers. 

This model is based on concentration and control by a few powerful global agribusinesses whose main driving force is profit, with little or no concern for sustainability of natural resource use and for people’s right to food and a dignified life, although some of them are showing commitment to principles of corporate responsibility. 

The AgriCultures Network promotes agro-ecology, an alternative model which is based on the recognition of small scale family farming as basis for agricultural production in a new global order. 

Evidence shows that agro-ecology has multiple benefits, including the production of more food of higher quality; rural employment; sustainable management of natural resources and landscapes; maintenance of biodiversity; greater dignity for people; farmer autonomy; respect for cultural values and better social systems capable of passing these benefits from one generation to the next.

Agriculture par Claude et Lydia Bourguignon. Ecouter Claude Bourguignon à la 49ième minute :

Le problème du bio est qu’il n’a pas bénéficié des développements scientifiques puisqu’il y a très peu de temps c’était interdit de faire de la recherche là-dessus. Il y a un énorme retard par rapport à l’agriculture dite conventionnelle. Cela dit, vous serez tous obligés de faire de l’agriculture biologique dans les années qui vont venir mais une véritable agriculture biologique réellement basée sur des approches scientifiques sur des associations complexes, des rotations complexes ; et vous pouvez faire une agriculture avec extrêmement peu de produits chimiques.

Les plus beaux rendements ne sont pas faits en agriculture conventionnelle (agro industrielle) mais en agriculture paysanne ! …  Aucun champ au monde par exemple si on prend le maïs, n’est capable de produire autant au mètre carré que le champ du paysan mexicain où il y a le maïs avec le haricot qui s’enroule autour et avec les courges entre les rangs ! Le problème… on ne sait pas mécaniser… il n’y a pas de moissonneuse batteuse qui sait prendre en même temps les courges, le haricot et le maïs !

Ne confondez pas productivité par homme (agriculture intensive) et productivité au mètre carré (agriculture paysanne) … mais si vous voulez nourrir beaucoup de monde il faudra revenir à une agriculture paysanne !


Land portal info

Superbe illustration de 2 modèles opposés d’agriculture : à gauche l’intensive dont l’objectif est l’argent, à droite, l’agriculture familiale dont le but est de faire vivre les Gens ! Source Land portal info – Les sols fertiles d’Afrique peuvent-ils nourrir la planète ?

Source www.3TAMIS.org 2012 Bukavu Kasongo – L’enfer de la RN2

L’évacuation des produits agricoles ? Les résultats des 5 chantiers de Kabila…

Lors de sa campagne pour l’élection présidentielle 2006, Joseph Kabila, a annoncé cinq chantiers qui occuperaient principalement son mandat. Source RFI RDC 061205 Les chantiers de Kabila Ces chantiers sont :

  1. Infrastructures (routes, rails, ponts)
  2. Création d’emploi (qui passe par les investissements)
  3. Éducation (les écoles et les universités sont à reconstruire)
  4. Eau et électricité
  5. Santé

S’il y a quelques très rares avancées en termes d’infrastructure depuis 2006, celles concernant l’agriculture autre qu’industrielle, sont problématiques. Lire l’article RDC – PAIS : La coopération au développement arnaquée

Slogan…

Le Parc Agro Industriel est essentiellement un concept de développement de terres agricoles avec la mise en place d’une infrastructure nécessaire pour soutenir une unité économique autosuffisante.

Source parcagro.com

« Une unité économique autosuffisante » : de quelle unité s’agit-il ? Pour ce qui est du projet pilote, le PAI de Bukanga Lonzo, il s’agit du holding multi-entité sud-africain : Africom Commodities évidemment !

L’idée est de créer des « chaînes de valeur » de la terre à l’assiette du consommateur Pour Africom Commodities, la chaîne de valeur passera par le Marché International de Kinshasa qui par nature, a pour but la vente aux enchères des produits Africom & Cie en vue d’en tirer le meilleur prix sur le marché mondial ! Economie de marché et de non droit à l’alimentation pour tous, puisque les « investisseurs / spéculateurs » détermineront le prix… Leur but est le profit et non, le droit à l’alimentation. Définition chaîne de valeur à lire dans FAO, complice de l’arnaque

La chaîne de valeur Africom Commodities ? Le Parc agro industriel de Bukanga Lonzo : Africom Commodities, les intrants : Triomf – filiale Af C, les constructions : Desticlox (Pty) Ltd – filiale Af C, le Marché international de Kinshasa : Africom Commodities…

Unité autosuffisante ? Ah bon ! Vraiment ?

  • Cette « unité » dépend des exemptions financières lui accordées par l’Etat…
  • Cette « économie » de la chaîne de valeurs dépend in fine des cours de bourses et des enchères puisque le projet se situe dans l’idée de la mondialisation des affaires et la privatisation des biens, celui du Droit à l’alimentation
  • Le maïs OGM utilisé dépend des fournisseurs d’OGM ! Comment le paysan peut-il être autosuffisant ?
  • La production OGM dépend des intrants chimiques utilisés et donc des agro industriels au contraire des agricultures paysannes écologiques ayant une approche scientifique du sol et des cultures
  • La pratique de « no till » ou sans labour d’Africom commodities nécessite l’usage intensif d’herbicides !
  • S’il fallait une autre preuve de cette absurdité, « l’autosuffisance », même les USA champion du « no gouverment intervention in the economy», subsidient largement leurs « unités économiques autosuffisantes » !

Enfin, je vous invite à découvrir l’article de CETRI – Les dynamiques d’expansion de l’agrobusiness au Sud 2012 – Extraits :

L’agrobusiness : une solution au problème de la faim ? Le message véhiculé est limpide, les arguments souvent martelés, le refrain répété à l’envi depuis des années déjà. … Le monde serait au bord de la limite de ses potentialités productives face à une demande sans cesse croissante. Et seul l’agrobusiness, avec ses modes de production intensifs et ses technologies de pointe, serait à même de repousser ces limites et d’éviter ainsi un drame alimentaire que ces mêmes cassandres prédisent comme inéluctable.

Rappelons quelques évidences. Si elle est indispensable pour satisfaire des besoins alimentaires sans cesse croissants d’ici 2050 et au-delà, l’accroissement de la production ne garantit en rien l’élimination de la faim.

Destruction du couvert forestier, pressions croissantes sur les ressources naturelles, usage massif d’agents polluants, accélération du mouvement d’accaparement des terres, tensions sur les prix des denrées de base, multiplication des scandales sanitaires liés à l’alimentation, etc.

On le sait, celle-ci est bien moins liée à un manque de disponibilité alimentaire qu’à un problème de répartition et d’inégal accès à la nourriture. De fait, en dépit d’un formidable accroissement de la production ces trente ou quarante dernières années, le modèle productiviste, vendu désormais à l’Afrique sous la bannière de la révolution verte, s’est révélé incapable d’assurer la sécurité alimentaire de près d’un milliard de personnes, tandis qu’il est la cause de très nombreuses maladies liées à la malbouffe dans le Nord.

Avec l’aval ou l’appui des États et des organismes internationaux, elles (les firmes de l’agrobusiness) cherchent à imposer leur modèle de développement socialement excluant et écologiquement destructeur, au risque de mettre davantage à mal la sécurité alimentaire des pays du Sud. 

Dix sociétés à peine contrôlent 67 % du marché des semences exclusives (82 % du marché mondial des semences commercialisées). Parmi celles-ci, Monsanto, DuPont, Syngenta et BASF font également partie des dix premières entreprises productrices de pesticides, lesquelles accaparent près de 89 % des parts du marché mondial. Dix autres sociétés, dont Cargill, devenue aussi un des leaders de l’agrofourniture, sont responsables quant à elles de « 57 % des ventes des trente premiers détaillants du monde et représentent 37 % des recettes engrangées par les cent premières sociétés productrices de denrées alimentaires et de boissons » …

Et… CETRI – Emprise et empreinte de l’agrobusiness : Parées de vertus prométhéennes que leur confèrent leurs avances technologiques, seules ces firmes seraient capables de dynamiser des secteurs agricoles traditionnels « improductifs », en vue de nourrir le monde.

 Les mouvements paysans dénoncent cette imposture qui occulte les causes structurelles de la faim. Au nom de la souveraineté alimentaire et de la diversité agricole, ils s’opposent à un modèle qui signe la fin des agricultures paysannes et la marginalisation des centaines de millions de personnes qui en vivent.

Ce ne sont donc pas les quelques parcs agro industriels de la RDC, fer de la relance économique du gouvernement Matata II sous la houlette du Président Kabila, soutenu par une campagne de promotion dynamique, de forum de l’agrobusiness, de slogans marketing convenus qui changeront quelque chose puisque l’objectif sous couvert de mensonges d’Etat, est de faire de l’argent au profit des actionnaires et des fonctionnaires nationaux et internationaux des Etats et Organisations mondiales, corrompus aux principes mafieux du néolibéralisme.

Quand la qualité de la vie et la sécurité sanitaire laissent indifférents ou négligents la plupart des décideurs politiques, crispés sur le court terme et sensibles aux pressions des milieux d’affaires, quand les acteurs économiques refusent toute fonction sociale et privilégient la recherche effrénée d’un profit toujours considéré comme insuffisant, quand la recherche scientifique, délaissée par les pouvoirs publics doit vendre son indépendance aux bailleurs de fonds privés et renoncer dès lors à sa capacité critique et à une interrogation permanente sur son rôle dans la société, ce qui triomphe c’est une organisation marchande du monde. Au bénéfice exclusif, mais considérable d’une toute petite minorité d’individus et de ceux qui sont à leur solde. Source Nourrir le monde ou l’agrobusiness

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *