RDC – PAI : La coopération belge au développement arnaquée

Les « comme si » de l’Etat congolais de la coopération belge

Suite des articles relatifs au Programme National d’investissement Agricole dont les Parcs Agro Industriels sont le fer de lance de la politique du Premier ministre Matata Ponyo sous l’égide du Président Kabila. Articles associés

La politique sous l’égide du Président Kabila, menée par Mr Matata Ponyo, Premier ministre, est celle du « comme si » les engagements du gouvernement allaient être tenus. La coopération belge travaille « comme si » les différents niveaux de pouvoirs de l’Etat congolais avaient la volonté, la capacité, les moyens d’assurer la gestion des investissements publics réalisés grâce à la solidarité des citoyens belges.

Citoyen belge, je me focalise sur les relations belgo-congolaises; il serait intéressant de connaître les résultats des programmes réalisés par d’autres coopérations au développement : sont-ils heureusement meilleurs ou tout aussi affligeants ?

Source www.3TAMIS.org 2012 Bukavu Kasongo – L’enfer de la RN2

Des routes et pistes de desserte agricole, en bon état : OK, mais…

Le Programme de Réhabilitation et d’Entretien des Pistes en RD Congo – PREPICO est un projet exécuté par la Coopération Technique Belge – CTB-BTC sur financement du Royaume de Belgique. Avec un financement de 28.000.000 d’Euros (Volet Bacs : 6.431.500 EUR), ce programme s’étend sur une durée de 48 mois, soit de 2010 à 2013.

La mise en place de ce projet part d’un constat amer selon lequel une grande partie de réseau routier de desserte agricole se trouve en mauvais état, provoquant ainsi l’enclavement des certaines provinces du pays. Suite à cet enclavement, les agriculteurs ne savent plus écouler leur production et se limitent à une faible production couvrant seuls les besoins de la famille. Ceci entraine ainsi la réduction de la production agricole de ces régions, l’augmentation de la pauvreté dans le milieu rural, le cout élevé des prix des denrées alimentaires de base dans les grands centres de consommation. 

Le PREPICO a pour objectif général de réduire la pauvreté des populations rurales et urbaines en améliorant les capacités d’évacuation de la production agricole vers les foyers de consommation et en assurant la promotion de l’emploi et le secteur privé.  L’objectif spécifique est de réhabiliter un réseau de pistes dans certains pools de production et maintenir ce réseau grâce à la création d’un fonds d’entretien routier qui assure l’entretien à travers des structures locales.

Ce programme est divisé en 2 volets : Volet transversal Entretien sur les zones Maniema, Katanga, Kasaï-Oriental, Province Orientale et le volet transversal Bacs. Le PREPICO travaille en partenariat avec la Direction des Voies de Dessertes Agricoles (DVDA) du Ministère du Développement Rural (pour les pistes rurales) ; l’Office des Routes ; le Département du Matériel flottant (pour les bacs).

Les bénéficiaires de ce programme sont notamment tous les utilisateurs directs des routes : agriculteurs, transporteurs, commerçants, administration du réseau de désenclavement des 6 provinces (Bandundu, Bas Congo, Maniema, Kasaï Oriental, province Orientale et Katanga) ainsi que tous les habitants de ces zones désenclavées. Source MINIDER – PREPICO

Selon la CTB – Coopération technique belge, la seule réhabilitation de pistes du District du Tanganyika – Kalemie a permis l’augmentation de 400% le volume d’échanges commerciaux !

A noter tout de même qu’il est difficile d’avoir une vue globale et détaillée sur la réalité des km réhabilités des 3 PREPICO. Le site de la CTB est aussi vague que peuvent l’être les sites Web de la République : pas de cartes, de photos, de vidéo, d’explications techniques, sur les difficultés et les problèmes non résolus, comme si il fallait montrer à tout prix, au risque de mensonge que le projet a atteint ses objectifs ; en un mot, il manque un dossier complet régulièrement mis à jour qui permettrait à tout un chacun, congolais et belge, de comprendre et mesurer l’ampleur des réalisations, d’en être fier avant même de connaître la nature de l’impact. 

Extraits : Les volumes commerciaux évacués ont quadruplé ces dernières années dans les territoires de Kalemie et Nyunzu (Tanganyika au Katanga). De 22 tonnes par semaine en 2009, le volume est passé à ± 100 tonnes en 2012, indique une enquête socio-économique publiée en avril dernier. 

L’emploi et le pouvoir d’achat des paysans : paris gagnés pour PREPICO. Les plus grands bénéficiaires de ce projet sont les paysans des villages avoisinant les deux axes routiers. Pour ce qui est de l’emploi, il était prévu de donner du travail de façon temporaire à quelque 10.000 personnes par jour dans le cadre des activités du projet. Mais dès la première année, le nombre d’emplois créés par jour s’élevait à 59.000. Et la deuxième année, ce nombre est passé à 78.000. Le bilan d’avril 2012 fait état d’au moins 156.000 personnes à qui le projet a donné quotidiennement du travail. 

Autre résultat positif du projet, c’est le pouvoir d’achat de la population qui a sensiblement augmenté dans cette partie de la province du Katanga. Pour preuve, les termes de l’échange s’améliorent progressivement en faveur des paysans dans cette zone d’intervention. … Aujourd’hui, le Territoire de Kalemie est redevenu le grand collecteur de produits agricoles, essentiellement du maïs et du manioc, qu’il était à la belle époque. Source CTB PREPICO 130704

Autrement mieux que ce que Mr Matata Ponyo annonce dans l’interview accordée à TV5-RFI, « 40 milles emplois » sur toute la RDC… Source TV5-RFI 140602 Il y a beaucoup de chose que nous avons faites.

Mais la réalité sur le terrain est tout autre.

Août 2011. Ecoutez à la minute 5, Dieudonné Kanyinda, directeur PREPICO/Tang. : Beaucoup de routes sont réhabilitées, mais… peu de ces institutions nationales et internationales qui ont financé la réhabilitation des pistes, songent au financement de leur entretien !

7 juillet 2013. Lors d’un 8ème comité de pilotage du programme PREPICO, vous avez bien lu, au 8ème comité (!), les administrations concernées de l’Etat en étaient encore à se demander s’il ne serait pas intéressant d’imaginer penser à réfléchir (j’exagère à peine…) à transmettre à la hiérarchie le problème des ressources financières pour l’entretien des 131 km de pistes réhabilitées, 131 km ! Ecoutez sur la vidéo réalisée par le CAVKalemie, les habituelles recommandations à 9 minutes 40’’, c’est hallucinant !

2015. Il semblerait que les 8 Comités Locaux d’Entretien Routier (CLER) formés et installés par la CTB ne sont plus payés : vous imaginez ce qu’il advient aujourd’hui de l’état des pistes et de l’évolution de l’économie agricole locale et donc de la situation des paysans et des habitants de Kalemie ?

Information relayée par l’ACP – Agence Congolaise de Presse :

Octobre 8, 2015 – Kalemie. Les 718 km des routes de déserte agricole réhabilitées au Tanganyika en état de dégradation avancé. Les sept cent dix-huit kilomètres de routes de desserte agricole réhabilitées par la Direction des Voies de Desserte Agricole (DVDA) dans les différentes localités et territoires de Kalemie, Kabalo, Kongolo et Nyunzu se trouvent actuellement dans un état de dégradation avancée par manque des moyens et de suivi d’entretien, a constaté l’ACP. Ce projet financé dans trois phases soit de 2009 à 2014 avec l’appui financier considérable de la Coopération Technique Belge. 

A ce sujet, M. Jean Marie Tshiay Kafwile, chef de la DVDA du Tanganyika, a précisé que ces routes réhabilitées dans le cadre du projet dénommé PREPICO 1, PREPICO 2 et PREPICO 3, souffrent maintenant du manque d’entretien, car la CTB avait mis fin à son financement en 2014 quand ce projet était arrivé à son terme.

Actuellement, par manque d’un autre financement pour la poursuite de l’entretien de tous ces 718 km réhabilités, ces routes de desserte agricole sont abandonnées à leur triste sort et ne favorise pas l’évacuation rapide des produits agricoles dans différents villages vers les grands centres de consommation. 

Tshiay a émis le vœu de voir le FONER qui est un fonds national d’entretien de route du gouvernement, s’impliquer avec un financement pour la poursuite des travaux de réhabilitation et suivi d’entretien de routes. Source CTB PREPICO 150810 ACP Routes de desserte agricole en état de dégradation avancé

Quand est-ce que les personnalités locales et les différents services d’Etat arrêteront d’émettre « des vœux de voir » pour laisser croire qu’il pourra être donné suite par le service concerné, alors que l’Etat est devenu par besoin de survie de ses fonctionnaires, une mafia nationalisée. Un énième scandale, un nouveau désastre humain, financier, écologique, alimentaire dont la population congolaise est toujours la victime.

PREPICO, que conclure ?

  • Le gouvernement Matata dont la priorité est la sécurité alimentaire, est en difficulté de financer l’entretien d’à peine 718 km de pistes pour ce qui concerne le PREPICO au Tanganyika ! Cherchez l’erreur.
  • La CTB a réalisé un programme à fort impacts positifs et à faible technologie, en connaissant par avance que l’Etat n’assumera pas ses engagements… Si ce n’est pas de l’arnaque dont les citoyens congolais sont les premières victimes avec les seconds, les contribuables belges… Source CTB PREPICO III 2010 2014 – € 28.000.000

Je n’ai pas lu d’articles, cela ne veut donc pas dire que rien n’a été fait, reprenant une action de la coopération belge pour protester contre cette nouvelle arnaque du pouvoir en place et exiger le respect du contrat pour le coup, dans le budget 2016 de la RDC. Si les belges savaient que leur argent se retrouvent au fond du lac Tanganyika et que les congolais continuent à souffrir…

En sera-t-il de même au Maniema ?

« Au Maniema, la réhabilitation des pistes change positivement la vie des populations. Dans la province du Maniema, le Programme de réhabilitation et d’entretien des pistes au Congo (PREPICO 3) a réhabilité à ce jour 510 km de pistes rurales.  L’amélioration de la production agricole est le premier effet bénéfique de la réhabilitation des pistes. » Source CTB PREPICO 140829

Une autre cas ? Le projet CTB-BTC – PRODEKOR – Programme de Désenclavement dans le Kasaï Oriental, 2013 2017 – 20.000.000 €, inclut un accompagnement post-cession conjoint de la Commission Provinciale Routière et de la CTB pour assurer la supervision périodique de l’entretien de ces axes pendant la durée du PRODEKOR dont la fin est prévue en 2017.

L’intervention appuie les structures locales pour la réhabilitation de 900 km de routes de desserte agricole au Kasaï Oriental d’ici 2017, l’entretien de 1.085 km de routes héritées des anciens projets exécutés par la CTB (!) et l’aménagement des bacs et cours d’eaux navigables. 

La situation se répète : le Kasaï oriental semble avoir été lui aussi victime de travaux inutiles puisque l’entretien de ces 1.085 km de routes héritées des anciens projets CTB seront à nouveau pris en charge par la solidarité belge !

La situation budgétaire de la RDC et de la Province du Kasaï oriental est déplorable ; peut-on imaginer que le gouvernement provincial assurera vraiment la relève ? Que feront la CTB-BTC, la société civile congolaise et belge si les engagements ne sont pas respectés ? Un PRODEKOR II ?Source CTB PRODEKOR 2013 2017 et CTB PRODEKOR 150724 La province prend la relève

Autre exemple de flou qui laisse la porte au sentiment d’arnaque :

Le Projet d’Appui à la Réhabilitation et à la Relance du Secteur Agricole (PARRSA), de la Province de l’Equateur et de Kinshasa, est financé à hauteur de 120 millions USD par la Banque Mondiale. 2010 2015

Composante 2 – Amélioration des Infrastructures de Mise en Marché (USD 49.28 million y compris les imprévus) L’objectif de cette composante est d’établir une liaison entre les zones de production en favorisant l’accès aux marchés dans les zones d’intervention du Projet, et plus en aval vers Kinshasa, et au nord vers Bangui en République Centrafricaine. Cette composante se subdivise en deux sous-composantes : (i) amélioration des pistes rurales (2.500 km); (ii) aménagement des infrastructures sélectionnées de mise en marché dans le nord de l’Equateur. 

La réalisation des pistes sera assortie d’une prise en charge de leur entretien par le projet pendant les années de mise en œuvre. 

Pendant les années de mise en oeuvre, OK, mais après ?

Ndlr : A noter que sur le site de la BM, le nom du projet semble être : BM RDC 100330 Projet de remise en état et de reprise de l’agriculture ; c’est en navigant à travers les onglets que « PARRSA » apparaît dans les textes. Une nouvelle situation qui laisse une impression de flou volontaire pour cacher quoi ? Bien sûr la BM n’a rien à cacher, mais alors qu’attend-t-elle pour clarifier son site web ?

A part des résultats chiffrés, rien sur les effets sur l’économie alimentaire locale, la réalité des réalisations. Pas de photo, de carte, de vidéo, d’information sur la reprise par l’Etat et les organisations locales de la gestion du projet et ses moyens de financement…

La Banque mondiale approuve un don de 120 millions de dollars pour un projet d’appui à la réhabilitation et à la relance du secteur agricole en République démocratique du Congo Source BM RDC Médias 100330 Projet de remise en état et de reprise de l’agriculture

Par ailleurs : La Banque mondiale mise sur le PARRSA pour renforcer le projet Bukanga Lonzo Source Forum des As – 150310 Mais quelle sera la part réellement réservée à l’amélioration des pistes rurales et à l’aménagement des infrastructures non liées à Bukanga Lonzo ?

Il est curieux de lire dans la prolongation du PARRSA, voir lien ci-après, qu’il serait nécessaire de mettre en place un système d’entretien des infrastructures ! Cela laisserait sous-entendre qu’il n’a pas été prévu en 2010 ? C’est fou, non ? Non, pas en RDC…

La Banque mondiale prolonge le projet PARRSA jusqu’en 2017. La Banque mondiale a décidé de prolonger jusqu’au 31 janvier 2017, le Projet d’Appui à la Réhabilitation et à la Relance du Secteur Agricole (PARRSA) dont l’exécution dans l’ancienne province de l’Equateur et la ville de Kinshasa devait arriver à échéance le 31 décembre 2015, en accordant un financement additionnel dont le montant n’est pas encore déterminé. 

En termes de réhabilitation des infrastructures routières, M. Moussa de l’agence UNOPS du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), a mis l’accent sur la nécessité de la mise en place d’un système d’entretien pour la pérennisation du projet, affirme la même source. Source Primature.cd 151022 BM PARRSA 2017

Pour conclure : J’imagine les promoteurs des parcs agro industriels se frotter les mains et partager avec leurs adeptes, ce qu’ils pourraient exprimer comme évidence suffisante « Vous voyez, l’Etat est incapable, incompétent pour gérer un programme d’entretien pourtant oh combien simple… Vive le gouvernement Matata sous l’égide du Président qui nous a confié la mission de nourrir le Monde, car nous, on sait faire ! »

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